dimanche 24 octobre 2010

Lola, The Endless Movie

« C’est à Nantes que j’ai tourné, disait Jacques Demy, parce que j’y suis né et que je connais bien cette ville folle et très belle ». Né en 1931 à Pontchâteau, Jacques Demy acheta sa première caméra à treize ans. Après des études de cinéma à Paris (film de fin d'études marqué par une esthétique doloriste et bressonienne), il réalise deux courts métrages majeurs (Le sabotier du Val de Loire, documentaire et méditation sur la mort, et le road-movie îlien Ars) avant de réaliser en 1960 Lola. Un film-aérolithe porté par la Nouvelle vague (et son producteur Georges de Beauregard), mais qui se singularise par son intensité fiévreuse, le goût des rencontres de hasard, des filles-mères mélancoliques et des amours interdites (entre la petite Cécile et Frankie le marin US, unis dans la délicieuse et sinueuse obscurité d'une chenille de fête foraine qui se déroule sans fin dans l'oeuvre demyesque, comme son thème le plus obsédant).
Nantes a retrouvé les familles Demy: Agnès Varda sa compagne, ses enfants Rosalie et Mathieu. Sa famille de cinéma avec Anouk Aimée, Michel Piccoli, qui a joué un ombrageux et bunuélien mari dans Une chambre en ville et un malheureux monsieur Dame Les Demoiselles de Rochefort.
« Comme Rochefort-sur-Mer quand cette ville avait célébré les 25 ans des Demoiselles, indique Agnès Varda, Nantes fête Jacques Demy pour le cinquantenaire de Lola ».
Dépliant en main, Nantes marche sur les traces (l'ancien garage Demy, ouvert sur le cours des 50 Otages, ou l'appartement de la colonelle d'Une chambre en ville, rue du Roi Albert, où le père de Jacques avait lui-même pris une chambre à son arrivée à Nantes), ou marche sur l'absence de traces (disparu, l'escalier et la fameuse rampe de la rue de l'Abreuvoir, où se trouve l'appartement si désordre de Lola, a été remplacé par l'escalator de la tour Bretagne) de Demy et de Lola. Nantes marche sur ses propres traces, n'ayant pas trouvé celles de Jules Verne, son premier Grand homme, avant de passer au surréalisme de Vaché et Breton (pour 2012, année du réveil touristique de la ville).
Que de fastes dans le sillage d'un premier "film fauché" post-synchronisé et tourné en cinq semaines, avec un dîner somptueux à La Cigale, la brasserie 1900 où Lola vendait ses charmes. « En 1960, Lola a été tourné en noir et blanc par choix économique, rappelle Anouk Aimée, dont la beauté continue de couper le souffle. Les voix ont été rajoutées, même ma chanson: C’est moi, c’est Lola. »
Tourné en muet, Lola continue à parler. L’histoire filmée en cinq semaines émeut toujours cinquante ans après. « Mais les gens n’ont pas compris tout de suite quel chef d’œuvre c’était », confie Anouk, qui se souvient que Demy « s’est battu » pour l’avoir dans le rôle, déjà starisée par La Dolce Vita de Fellini.
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Agnès Varda brûle de la même passion. Caméra en main, assistée d’une opératrice, elle tourne ses voyages (pour les besoins de la série De ci, de là sur Arte, et pour the endless movie qui semble l'absorber tout entière). Refilme le pont de Mauves, décor du dessin animé "Attaque nocturne", oeuvre du jeune Demy reconstituée par Agnès Varda (dans l'Intégrale Demy en DVD, 2008).
Daniel Morvan