jeudi 21 octobre 2010

Traces de khôl

"Traces de khôl" est l’histoire de quatre personnages confrontés à la vérité sans fard de leur condition, sur une île perdue : Holly.
L'écriture du texte a commencé en avril 2010 et une première lecture à quatre voix des cinq premiers actes a été donnée le 26 avril, salle Vasse (Nantes). L’accueil reçu a permis de mener le projet d’écriture à son terme. Une lecture intégrale a été programmée au Lieu Unique (Nantes) le 15 novembre 2010.

La pièce en dix actes est écrite pour quatre personnages, Odette (la patronne du pub), Polly (sa fille adoptive et son aide), Omar (un jeune saisonnier) et Bob (un comédien parisien en villégiature).
La pièce se déroule dans quatre espaces distincts entre lesquels l’action évolue par glissements ou scènes juxtaposées : le pub d’Odette, la maison de Vanka, la Lande et la Grève (où est échoué un container).

Le texte s’appuie sur quatre personnages de force égale, formant couples : Polly et sa mère adoptive Odette, Bob le comédien déchu et son « Sganarelle », Omar. Avec son orphelinat, l’île d’Holly peut évoquer les îles anglo-normandes ou tout autre havre barbare. On peut aussi penser aux îles d’Aran de Synge. Ou encore à l’île dont il est question dans la pièce « Plus loin que loin », de Zinnie Harris. Cette dernière oeuvre prend pour modèle réel l’île de Tristan da Cunha, au large de l’Amérique du Sud.

Le cinquième personnage, Vanka, n’apparaît jamais, mais il est omniprésent dans les conversations. Il représente, par son côté androgyne et mystérieux une sorte d’idéal fascinant, qui menace par son irréalité le grand projet de Bob et d’Odette : l’ouverture d’un container. Ce qu’il contient est objet de suspense tout au long de la pièce, de même que l’apparition possible de Vanka. Tendue entre convoitise et idéal, la pièce ne décevra aucune de ces deux attentes, mais de manière plutôt inattendue (c’est Odette qui va se mettre dans le rôle de Vanka, et la marchandise du container est un écho ironique aux moqueries de Bob à l’égard des traces de khôl de Vanka).

Pour donner corps à l'opposition de la petitesse et de la grandeur, il fallait créer une langue insulaire. Nous avons tenté d’imaginer le parler d’une communauté très réduite, dont le langage serait (comme l’habillement des personnages) un hybride de cultures et d’époques. Ce langage, où les références culturelles sont lointaines et vagues, ressemble à l’existence des personnages confrontés à une précarité grandissante, à mesure que les accostages de bateaux du continent (ferry, bateaux de pêche) s'espacent. L’idiome propre à l'île d'Holly est dénué de clichés modernes mais riche en expressions populaires, en proverbes plus ou moins inventés, en mots archaïques. Cet idiome est parfaitement compréhensible par le public, mais il renforce l'impression que nous sommes dans un univers flottant, en quête de transcendance, où la moindre parcelle de rêve est précieuse.
Daniel Morvan