jeudi 30 décembre 2010

Plaisir d'offrir, effort de recevoir: Je fais mon sketch

ça y est, Daniel fait son sketch. 
Juste un extrait d'un texte issu d'une sorte de happening, et
 lu au cours de la première EAT Parade (EAT: écrivains associés du théâtre), fin décembre 2010 à Nantes. 
"Plaisir d'offrir, effort de recevoir" a été dit et bien dit par Sophie Merceron.



Moi et mon Sennheiser




"J’ai juste dit ceci : moi pour Noël je voudrais un Sennheiser.
Parce j’ai cassé mon Sennheiser, à force de le porter il s’est usé. 
Moi j’ai besoin d’un Sennheiser.

Entre deux patients, je m’allonge sur le divan tout neuf que m’a acheté mon père.
Le divan où s’allongent mes patients.
Ils me racontent leurs malheurs.

Entre deux malheurs
j’écoute du Mahler
dans mon Sennheiser.


Sennheiser c’est une marque de casque hifi. On peut se couper du monde avec ça. S’offrir la solitude, la forclusion totale.

Astrid, ce divan-là, c’est le divan que m’a acheté mon père. Il m’a dit : ma fille, tu viens de poser ta plaque de psychanalyste. A partir de maintenant tes parents ne sont plus tes psy et pour fêter ça, je t’offre ton outil de travail : un divan.

Alors, entre deux patients, je m’allonge sur le divan de mon père et j’écoute des musiques tristes, ça me repose du malheur des autres. 
(...) 

Il n’y a pas d’acte sexuel à proprement parler, il n’y a pas non plus de cadeau qui soit parfaitement la chose que je désirais. Aussi tous les cadeaux font-ils profondément de la peine, je le crois vraiment, chère Astrid. Ton cadeau ne satisfait jamais mon désir mais délimite les contours du vide que tu creuses en moi.
En clair, tu me fais chier.

Non, pas toi, Astrid. Je dis toi, mais c’est des autres que je parle.
Mais j’aime aussi cette peine appelée cadeau.
Non, je n’ai pas besoin de cette merde que tu m’offres mais je te remercie de l’effort que tu exiges de moi pour avoir l’air ravie.
Plaisir d’offrir, effort de recevoir."