dimanche 2 janvier 2011

Traces de khôl (lecture)

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Pièce donnée en lecture (comédiens: Gwenael Ravaux, Ludivine Anberrée, Ghislain Del Pino, Antoine Féron) lundi 15 novembre 2010 à la salle Vasse et au Lieu Unique (Salon de musique, entrée libre, durée approx. 1h20).

 "Traces de khôl" est l’histoire de quatre personnages confrontés à la vérité sans fard de leur condition, sur une île perdue : Holly.


La pièce en dix actes est écrite pour quatre personnages, Odette (la patronne du pub), Polly (sa fille adoptive et son aide), Omar (un jeune saisonnier) et Bob (un comédien parisien en villégiature). L'idée de transposer l'action de la nouvelle initiale d'un petit port de pêche à une île en voie d'être abandonnée par le reste de l'humanité nous est venue au cours de nos discussions, à Mathilde et à moi. Loin d'être une robinsonade de plus, Traces de khôl voudrait traiter des jachères.
La pièce se déroule dans quatre espaces distincts entre lesquels l’action évolue par glissements ou scènes juxtaposées : le pub d’Odette, la maison de Vanka, la Lande et la Grève (où est échoué un container). 
Le texte s’appuie sur quatre personnages de force égale, formant couples : Polly et sa mère adoptive Odette, Bob le comédien en rupture de ban et son « Sganarelle », Omar le travailleur saisonnier.
Holly peut évoquer les îles d’Aran de Synge. Ou bien aussi l’île dont il est question dans « Plus loin que loin », de Zinnie Harris. Cette dernière oeuvre prend pour modèle réel l’île de Tristan da Cunha, au large de l’Amérique du Sud.

Le cinquième personnage, Vanka, n’apparaît jamais, mais il est omniprésent dans les conversations. Il représente, par son côté mystérieux une sorte d’idéal énigmatique, qui menace par son irréalité le grand projet de Bob et d’Odette : l’ouverture d’un container. Ce qu’il contient est objet de suspense tout au long de la pièce, de même que l’apparition possible de Vanka. Tendue entre convoitise et idéal, la pièce ne décevra aucune de ces deux attentes, mais de manière plutôt inattendue (c’est Odette qui va se mettre dans le rôle de Vanka, et la marchandise du container sonnera comme un écho ironique aux moqueries de Bob à l’égard des traces de khôl de Vanka).

Pour donner corps à l'opposition de la petitesse et de la grandeur, il fallait créer une langue insulaire. Nous avons tenté d’imaginer le parler d’une communauté très réduite, dont le langage serait (comme l’habillement des personnages) un hybride de cultures et d’époques. Ce langage, où les références culturelles sont lointaines et vagues, ressemble à l’existence des personnages confrontés à une précarité grandissante, à mesure que les accostages de bateaux du continent (ferry, bateaux de pêche) s'espacent. Ce gallo patagon est parfaitement compréhensible par le public, mais il renforce l'impression que nous sommes dans un univers flottant, en quête de transcendance, où la moindre parcelle de rêve est précieuse.
Daniel Morvan