mercredi 11 mars 2015

Maylis de Kerangal rêve de chants aborigènes


De quels continents disparus de la littérature vous souvenez-vous, lorsque vous écrivez ?
C’est une belle question. Ces temps-ci, je me cherche à me souvenir d’un continent archaïque, celui d’un temps où la littérature n’existait pas encore sous la forme de livre mais sous la forme de chant : le poème homérique, les chansons de gestes médiévales, les songlines aborigènes.

Comment êtes-vous devenue Maylis de Kerangal ?
Joker !

Où lisez-vous ?
Je peux lire partout, vraiment partout. Mais je crois que l’on ne lit jamais aussi bien que dans un train.

Êtes-vous plutôt liseuse ou plutôt papier ?
Encore exclusivement papier ? par conservatisme ? Je crois que j’aime l’aspect solide et en trois dimensions de l’objet, ce geste de compulser les pages pour créer un peu d’air, d’en faire un étui pour des papiers, des photos, des tickets, ou une cale pour une table et surtout l’idée que c’est un objet complet en lui seul, puisqu’il n’est nul besoin d’une autre énergie, d’une autre électricité que la mienne pour le lire.

Imaginons : vous êtes nommée à l’Académie française. De quel mot proposez-vous une nouvelle définition ?
Mais il n’est nul besoin d’être nommée à l’Académie Française pour proposer de nouvelles définitions pour des mots ! J’aime mieux encore l’idée de sabrer un mot, comme Lévi-Strauss l’avait proposé pour le mot « race ».

Après le succès de votre dernier roman, quel nouveau chef-d’œuvre oserez-vous entreprendre ?
L’idée du chef-d’œuvre absolu n’est pas dans mes cordes ! Ou alors un roman d’amour, cela me semble tellement difficile.

Sur un manuscrit, êtes-vous d’une nature ratureuse ou d’une nature ajouteuse ?
Je tiens ces deux natures, ce sont des deux mouvements combinés qui construisent le livre.

De quel écrivain aimeriez-vous recevoir le cœur ?
Un écrivain qui aime la marche et les bains de mer, un écrivain surfeur.

Recueilli par
Daniel MORVAN.

La romancière est née en 1967 à Toulon, dans une famille bretonne. Fille d’un officier de marine et d’une enseignante, elle grandit au Havre.
Elle remporte le Prix Médicis en 2010 avec Naissance d’un pont. Avec Réparer les vivants (Verticales), elle suit pendant 24 heures le périple du cœur du jeune Simon, en mort cérébrale, jusqu’à la transplantation. Elle a été couronnée par le Grand Prix RTL-Lire 2014.