jeudi 21 mai 2015

Julia Kerninon, elle vient de là, elle vient du slam


Julia Kerninon

Son sens du tempo et du phrasé lui vient du slam. « Je suis née avec le slam nantais, j’ai démarré toute petite en 2001, au Lieu Unique. Les vieux slameurs ont fait mon éducation, ils m’ont appris à me vernir les ongles, ils m’ont ouverte au choc du texte qu’on balance devant un public ». Jolie fille pas rangée, Julia Kerninon carbure à l’adrénaline : la preuve, son premier roman scandé de bout en bout. Buvard, l’histoire d’une élève qui vampirise le maître devient une légende.

Ses parcours nantais portent le signe astral de l’enfance et de la nuit : celle qui fut l’élève des Pygmalion slameurs a d’abord hanté la fête foraine du cours Saint-Pierre, « le truc le plus cool de Nantes », la Patinoire avec son papa, les visites passionnées aux coléoptères mordorés du Museum, avec son ami Pierre. Elle a pédalé dans les voitures d’enfants sur le toit des Galeries Lafayette : « J’y allais avec ma mère, toutes les deux en manteau léopard », avant d’aller prendre un chocolat chez Marnie. Et puis les souvenirs de lycée, à Jules-Verne : « le café Budapest (16, rue de Budapest), qui m’a donné envie d’aller à Budapest, où j’ai écrit Buvard. » Ses amis rockeurs viennent chez elle, pour des brunchs somptueux : la Bohème de Julia, c’était rue Sarrazin. Aujourd’hui, plongée dans une thèse universitaire sur le roman américain et son prochain roman, Attila Kiss, elle revient à ses amours : le bar à tapas et resto « Et la fourmi » (2, rue Grétry). Sa base de noctambule, à partir de laquelle elle a exploré les ressources de la dolce vita nantaise, entre les after du Pickwick’s (3, rue Rameau) et les nuits à l’Éléphant Club (10, place de la Bourse). Et les huîtres bretonnes de Talensac, souveraines après les nuits folles … Mais pas de posture de romancière noceuse, la nuit ne semble laisser aucune trace sur ce visage radieux, malgré l’image de Françoise Sagan qui lui colle à la peau (Buvard a reçu le prix Sagan 2014). Cette vie trépidante d’écrivain ne l’empêche pas de se définir comme une « femme d’intérieur : on aimerait tous une maison au bord de la mer, mais c’est un rêve, car on écrit toujours chez soi, comme un fonctionnaire, avec plein d’autres choses à faire, qui attendent. »