vendredi 22 janvier 2016

Véronique Gens : pour la star lyrique, flâner est un luxe


Elle est de celles qu’on a cru voir passer comme dans un rêve, flânant rue Franklin ou sur son vélo, sur le boulevard Guist’hau. Elle ressemblait à une passante, différente cependant de toutes les autres par sa grande taille et son goût particulier pour l’incognito. A Nantes, la soprano Véronique Gens est toujours de passage, en coup de vent: c’est peut-être pour cette raison qu’elle a choisi Nantes plutôt qu’une autre ville d’Europe, afin de se confondre dans le vent d’ouest... Suivre ce feu follet, être son ombre, la trace du pied d’Iphigénie, de Desdemona ou de Donna Elvira : nous l’avons rêvé en parlant avec elle de Nantes, où elle vit depuis douze ans. Douze années d’une vie de star du chant lyrique, l’une des meilleures interprètes de Mozart comme du répertoire baroque et des mélodies françaises, auxquelles elle consacre un nouvel album.

Nantes? « Dans mon métier on peut quitter Paris, et je l’ai fait avec mon mari et mes jeunes enfants. Au début, je trouvais que Nantes était trop loin, j’aurais pu choisir d’autres villes européennes, comme Barcelone, et c’est tombé sur Nantes. Par hasard, c’était égal de vivre n’importe où en France, mais il y avait la proximité de la mer, La Baule, un aéroport proche, le TGV. Le choix fut vite fait, d’ailleurs beaucoup de Parisiens s’installent à Nantes. »

Nantes? A l’entendre, elle la traverse en trombe, entre un opéra à Vienne et un récital à Boston: « je passe dix mois par an à Paris, et quand je rentre je vis à cent à l’heure, entre les achats de vêtements pour mes deux enfants qui grandissent et les visites à l’orthodontiste... Nantes n’est pas un lieu de flânerie pour moi, mais j’ai tout de même mes petites adresses! »

Ces flâneries à cent à l’heure vont à l’essentiel : le luxe. Une fois le vélo amarré à un porte-cycles du boulevard, Véronique Gens se laisse porter par les flux poétiques de la ville. Dans cette double vie de star et de flâneuse, Véronique Gens ne saurait se passer d’une station prolongée devant la boutique Hermès du passage Pommeraye. « J’y achète mes châles en cachemire, pour protéger ma gorge. Même en été, je dois la protéger, surtout les soirées d’été au bord de la mer. J’en ai toujours un dans ma valise, ils sont très doux. » Autre adresse favorite dans ce même quartier Graslin, la boutique Max Mara (2 rue de l’Héronnière), où elle trouve à vêtir son 1,83 m de tragédienne. « je trouve toujours ce que je cherche dans cette boutique, présente à Nantes comme à Paris, Vienne ou Venise ». Un autre lieu secret, qu’on imagine hanté par une comtesse mozartienne, est la boutique Les Songes, 3, place Paul Emile Ladmirault. Un dépôt-vente de luxe où l’on peut chiner des vêtements pour femme et accessoires de grands couturiers à prix très accessibles: « J’y trouve de jolis foulards, et j’apprécie beaucoup la qualité de l’accueil ».

Nul salut en dehors du luxe? « Si vous comptiez sur moi pour des adresses trash... » s’amuse la future Belle Hélène de la scène genevoise, en citant encore quelques autres noms de sa cartographie de jet setteuse en escale: le traiteur Brison, 7 rue Franklin, la chocolaterie Debotté, rue des Hauts Pavés, « où nous faisons des razzias sur les fritures fourrées et les mascarons à Pâques ».

Et, à l’heure du thé, à l’occasion pour une interview, La Cigale, brasserie dont le décor délasse des couloirs d’aéroports, et s’accorde si bien avec ces mélodies françaises que Véronique Gens vient de graver: Hahn, Duparc et Chausson, musique intimiste qui formera une délicieuse parenthèse avant La belle Hélène au Grand théâtre de Genève: « Je l’attends avec impatience car on pense rarement à moi pour les rôles rigolos », confie-t-elle, ravie et anxieuse de cette prise de rôle dans l’opéra bouffe d'Offenbach où « l'on s'amuse beaucoup ».  Ce sera après un Don Giovanni au Menuhin Festival de Gstaad et un Freischutz au théâtre des Champs Elysées... Autant de monuments et de sommets où Nantes vient s’insérer comme de petites douceurs dans la vie d’une diva comblée, acclamée dans le monde entier... Mais tellement éprise des secrètes flâneries nantaises!

Daniel MORVAN