mardi 24 mai 2016

Amélie de Maupeou, traductrice de Jean-Luc Bannalec



Entretien
Amélie de Maupeou, traductrice des Marais sanglants de Guérande
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Sa traductrice: chaque repas qu’il décrit me donne faim!

Est-il si facile de traduire les romans « bretons » d’un auteur berlinois lorsqu’on vit soi-même à Séoul ?
Que ce soit à Berlin ou Séoul, traduire ces romans bretons a représenté depuis le début une bouffée d’air marin très bienvenue. J’aime énormément la Bretagne et la Normandie, la mer et l’atmosphère particulière des bord de mer, qui ne sont directement accessibles ni à Berlin, ni à Séoul. Je les retrouve donc avec joie à-travers les descriptions très vivantes de Jean-Luc Bannalec… En général, j’ai très envie de rentrer passer quelques semaines en France quand je traduis cette série.

Comment expliquez-vous la séduction particulière de ces romans sur le public allemand ?
Jean-Luc Bannalec a un véritable talent pour évoquer tout ce qui fait appel aux sens: les paysages et les atmosphères mais aussi les odeurs, les saveurs… La traduction de ses romans représente toujours, pour moi, une immersion dans toute une palette de sensations qui touchent à ma culture française. Chaque repas qu’il décrit me donne faim - les descriptions de fruits de mer, surtout, sont redoutables! Et chaque balade me rend nostalgique. J’aime aussi tout particulièrement ses retours sur les contes et légendes de Bretagne, tout ce qui a trait à la culture et à l’identité très forte de la Bretagne. J’aime cette immersion à la fois sensuelle et culturelle dans la vie bretonne.

Cette immersion dans l’atmosphère bretonne est aussi ce qui a dû plaire au public allemand?
Oui, sans compter quelques aspects qui renforcent l’idée que certains Allemands se font de la France et des Français: le commissaire bourru mais sympathique, le préfet colérique, l’assistante et l’inspecteur ultra-Bretons, les gens de la mer et tant de petits détails - souvent culinaires mais aussi culturels - qui nourrissent l’image des Français à l’étranger.

D’autres « polars régionaux » ont-ils autant de succès en Allemagne?
Oui,il y a une mode des polars à identité régionale, peut-être parce qu’ils permettent de voyager sans se déplacer. C’est la même dynamique qui semble s’appliquer ici, sauf que la Bretagne est tout particulièrement appréciée des Allemands et qu’elle représente un dépaysement plus grand. Pour parler par généralités, les Allemands voyagent beaucoup et sont souvent très curieux d’autres cultures. Il me semble donc tout naturel qu’un roman situé en Bretagne trouve un large public en Allemagne.

Recueilli par Daniel Morvan.