mardi 8 novembre 2016

Le loup des steppes: Harry rencontre Hermine





Harry est un homme égaré dans le monde, déchiré par les deux facettes de sa personnalité qui se livrent bataille en lui : l’homme raffiné, qui aime Mozart, et le « loup des steppes », sauvage et misanthrope/lycanthrope. Dans le roman d’Herman Hesse, vieux bouquin de beatniks porté à la scène par Tanguy Bordage, Harry rencontre Hermine, son double. Elle va l’engager dans un parcours initiatique, de l’ombre à la lumière.

Le metteur en scène débarque avec sa faim de loup et vise le spectacle total, embrasse Mozart et étreint Michael Jackson, non sans lorgner vers la boxe, la peinture et le cabaret. Cet appétit monstrueux s’illustre dans la valse des décors, l'occupation maximale de l'espace, mais surtout l’exubérance juvénile d’une meute de comédiens prêts à tout- l’insensée Coline Barraud, le sombre Tanguy Bordage, l’élégant Kevin Laplaige, l’ahurissante Alice Tremblay. Tout y passe, jusqu’aux scènes gores et pitreries (l’imitation de Sophie Marceau à Cannes).

Défi à la culture bourgeoise, au consumérisme, ce Loup des steppes est parfois « bavard », comme disent les vieux critiques. Mais il touche trop souvent à la grâce, nous fait trop frémir pour que le génie n’y ait aucune part. La voix d’Herman Hesse sort des ombres et elle vibre. Ses mots nous arrachent à nos « existences immédiates ». Ils nous portent dans l’univers incandescent que Bordage lit entre les lignes.


Daniel Morvan.


Jusqu’au 10 novembre à 20 h 30 au Théâtre Universitaire, Chemin de la Censive du Tertre, Nantes. Durée : 1 h 50. 8 €/20 €. Réservations sur www.tunantes.fr. Tel. 02 40 14 55 14.