mercredi 18 janvier 2017

F (l) ammes : Paroles d’un gang de filles


Le Grand T présente F(l)ammes, pièce jouée par des jeunes femmes nées de parents immigrés. Dix filles qui, par la danse, le chant, le récit, font de leur vie une fête.

Maghreb, Caraïbes, Afrique, elles sont toutes un peu Pénélope et un peu polyglotte, un peu sauvages (habitantes de la sylve, la forêt) et très urbaines (Montreuil, Mantes-la-Jolie, Paris, Amiens…). Il y a celle qui se vit en Pénélope, genre forte en thème devenue chic et ironique; celle qui, voilée et mère, se souvient de la cour de récré où elle qui jouait le cheval pour les filles de riches. Celle à qui le karaté a donné la force de tenir tête à son père. Celle qui bouge comme personne, celle qui a une vie ordinaire, celle qui a perdu le 06 du prince charmant, celle qui… On va pas raconter le spectacle.
Ce n’est pas une pièce mais un micro tendu à un gang de filles. Aucune n’est formatée selon les standards. On peut dire « je » en français de mille manières différentes. Celle du petit blanc n’en est qu’une parmi d’autre. Chacune de ces filles est d’une force inouïe, porteuse d’une histoire singulière. On rit, on frémit tellement ça vous prend aux tripes.
 Elles n’ont jamais fait de théâtre et n’ont jamais parlé d’elles sur un plateau. Elles ont été choisies parmi la centaine de personnes écoutées par le dramaturge Ahmed Madani. Avec lui, elles incarnent des paroles multiples, dans des textes très construits qui permettent de découvrir des zones inexplorées de l’immigration française.

F (l) ammes est le pendant féminin d’un premier spectacle côté garçons, vu l’an dernier: Illumination(s). Ahmed Adami a formé cette troupe avec dix comédiennes venues des quartiers sensibles. Ce qui est dit sur scène est un intime universel, dont la somme fait apparaître ce qu’il faut appeler contre-culture féminine. Un combat nécessaire : où ailleurs faire entendre ces voix qui nous parlent du corps de la fille de quartiers, de ses problèmes avec ses cheveux, de ce qui se passe quand on n’a pas l’oseille pour payer le club de basket des riches ? Quand elles parlent d’elles, elles parlent de vous, toutes les « filles flammes » en dehors des clous de notre société normée.
Ahmed Madani a été un bon scribe pour ces voix, dans un style « stand up » parfois un peu cliché, un peu « théâtre de témoignage ». Il réussit pourtant à le dépasser, sans se priver d’un bon mot ou d’un joli souvenir d’enfance. Comme Dana qui venant d’Haïti, a cru petite qu’elle était extraterrestre, puisque d’E.T. Un pays dont elles viennent toutes un peu, mais dont elles ont appris à être fières. Elles ont raison : c’est la France.
Daniel Morvan.
Jeudi 19 à 20 h. Vendredi 20 janvier, lundi 23 à 20 h 30. Samedi 21 à 19 h. Mardi 24 à 14 h. Durée : 1 h 35. Au Grand T, 84, rue du Général Buat. Tél. 02 51 88 25 25.