lundi 6 mars 2017

ça ira, 1: Ma nuit debout avec Joël Pommerat


Une révolution contemporaine


Ça ira (1) – Fin de Louis, de Joël Pommerat. Rien à voir avec une reconstitution historique en costumes de la Révolution. Le roi est habillé comme un patron du CAC 40 et Marie Antoinette est une femme désespérée et chancelante, plus proche de Shakespeare ou Cassavetes que de Madame de La Fayette. Le vrai héros, c’est le peuple. Le Tiers état, qui se bat pour la vie, le pain et l'Assemblée nationale, alors que l’armée resserre son étau autour de Versailles. Le spectacle ne donne pas de date : ça se passerait aujourd’hui, rien ne serait gagné. Le mot danger clignoterait au dessus du micro. On risquerait sa tête sur un mot, une audace démocratique. Pas de fraises empesées, pas de crinolines, pas de têtes au bout des piques. Jamais on n’a montré la révolution de manière aussi vivante, comme une contemporaine. Une Nuit debout qui aurait réussi.


Un spectacle immersif


Votre voisin s’est mis à applaudir. Vous faites de même. Erreur : les comédiens sont aussi dans la salle. Puisqu’en effet tout le spectacle va tourner autour de ces gens courageux qui ont, par vertu d’éloquence et entêtement provincial, fait entrer la notion d’Assemblée nationale dans le vocabulaire de la nation française. Le spectacle est partout. Vous allez sortir groggy de cette immersion dans les débats acharnés qui ont engendré la Révolution, avec des moments qui piquent les yeux comme celui où un homme seul, devant son micro, bredouille une esquisse de déclaration des droits de l’homme. Pommerat ne donne aucun nom. Mieux que réaliste, le spectacle est vrai.


L'histoire hurlée dans le micro


Impossible de déterminer la vérité historique des débats où le tiers état bataille furieusement face aux deux autres ordres. Saisissant effet de réel : L’échiquier politique actuel se dessine sous vos yeux, ici la manif pour tous, là Mélenchon, Fillon et la droite catholique, ici le centrisme louvoyant. L’événement vient frapper aux portes, à grands bruits sourds, clameurs du peuple qui fait irruption dans les débats, au son du canon… Aucune date n’est citée, tout juste « le 14 du mois dernier »…
Oui, une machine à remonter le temps, dans le bruit et la fureur où s’inventa cette exception française, la révolution. L’histoire hurlée dans le micro, potentiomètre à fond, 5 heures d’affilée de punkitude rousseauiste. C’est bien trop long, trop fort, trop tout. Mais pour rien au monde on ne ratera le deuxième volet, quand il sera à l’affiche.
Daniel Morvan.