jeudi 30 mars 2017

Portrait d'un inconnu: Pierre Gallois (1992)

En 1992, tout le monde connaissait Pierre Gallois. Et pas seulement à Quimper, où ce centralien nonobstant artiste exposait ses œuvres. Il n'existe aucune trace numérique de ce peintre-ingénieur, à l'exception de l'archive qui suit: un papier (au demeurant assez quelconque) relatant l'exposition à la galerie Artem.

En 1992, tout le monde connaissait Pierre Gallois


En juillet 1992, une galerie quimpéroise (Artem) expose un créateur d'objets mathématiques: Pierre Gallois, centralien atypique, rêve d'un monde qui n'opposerait pas art et science, et y met une bonne dose d'humour.

Diplômé de mathématiques pures, le rennais Pierre Gallois avoue avoir longtemps tout ignoré de l'art. « Enfant j'avais le virus de la peinture et je marchais bien à l'école. J'ai mené les deux à fond, intégré l'école Centrale avant de bifurquer vers d'autres horizons. » 


Ce chercheur pur cherchera vite à quitter l'isolement de la tour d'ivoire. « Je ne me suis pas vu construire des ponts et j'ai vite bifurqué. Je me suis mis à jouer sur les hologrammes et à exposer le théorème de Pythagore dans des lieux publics. L'homme a inventé les mathématiques pour comprendre le monde. Elles peuvent aussi l'aider à créer une oeuvre esthétique. » 

Lorsque les mathématiciens parlent de l'élégance d'une démonstration, de la poésie inhérente à une théorie, ils sont malheureusement les seuls à comprendre ce qu'ils éprouvent. Pierre Gallois fait partie de ces chercheurs pour qui élégance et poésie peuvent devenir un but en soi. Il planche sur ses équations à seule fin de transmettre ses émotions de chercheur. Des lieux comme le centre Georges Pompidou ou le musée d'Art contemporain de Nice, ont accueilli ses interventions géométriques, reliées à des créations laser et électroacoustiques. L'humour est loin d'être absent de ce travail. Pierre Gallois prend un malin plaisir à railler le sérieux des idéaux mathématiques en les appliquant à des domaines inusités, en particulier celui de l'érotisme. « Nous venons à la recherche en doutant, dit Abélard, et par la recherche nous percevons la vérité ». Pierre Gallois a-t-il découvert le chiffre secret de la beauté?

Daniel Morvan

Pierre Gallais : « ma thématique appliquée », galerie Artem en transit, 1er étage des halles Saint-François, jusqu'au 30 juillet 1992, de 15 h à 19 h, sauf dimanche et lundi. Entrée gratuite.