dimanche 23 avril 2017

Derrière l'image heureuse de 1936, le malheur de 1942, de 1943, de 1944, de 1945

Debout de gauche à droite : Pierre Le Floc'h, Raymond Hervé, M. Delamare. Assis : Guy Gaultier et Léon Gouermer. 
L'image du bonheur, la tragédie à venir
QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
lundi 4 septembre 2006
510 mots
Daniel Morvan

Suite et fin de notre série sur « L'été 36 » avec le témoignage bouleversant de Guy qui ne peut oublier que, trois ans plus tard, c'était la guerre.
Cette photo pourrait être l'image du bonheur. 1936. Les Sables-d'Olonne. Cinq jeunes gars en vacances. Pourtant, cette image arrache souvent des larmes à Guy Le Floch, né en 1938 dans la région nantaise. Son papa c'est le gars en haut à gauche. Pierre Le Floch. Guy aura passé sa vie à le chercher. D'abord en 1945 avec sa mère, à l'arrivée des trains de déportés en gare de Nantes. « Vous n'avez pas vu Pierre Le Floch ? », demandait-elle, sans grand espoir, tenant ses deux garçons par la main.
Et puis un jour, quelqu'un est venu à la maison pour raconter comment le déporté, portant le matricule 59932, fut tué. C'était en avril 1945, en pleine débâcle allemande. Le train où on l'avait embarqué stationnait en gare près de Prague. Une femme tchèque voulut lui faire passer une tartine de pain. En se baissant pour la ramasser, il fut abattu par un SS. Guy, son fils, avait 7 ans. Ce même jour, son épouse Philomène était élue conseillère municipale à Rezé.
« C'est pourquoi cette image des congés payés de 36 n'évoque aucune joie pour moi, explique Guy Le Floch. Mon père a été mobilisé en 1939. Il a ensuite fait de la résistance dans le Parti communiste clandestin. Cette photo est tragique. Regardez : en haut à gauche, mon père, mort en déportation. Au milieu, Raymond Hervé, dit 'petite tête ', fusillé en 1942. Le troisième, c'est Delamare, on ne sait rien de lui. En bas à gauche, Guy Gaultier, déporté à Dachau. Et à droite Léon Gouermer, déporté à Buchenwald. » 
Derrière l'image heureuse de 1936, le malheur de 1942, de 1943, de 1944, de 1945
Le malheur des survivants qui cessent de parler des camps parce que personne ne veut les croire. Le malheur des orphelins que l'on place en internat, où ils auront leur part de souffrance. « À l'inauguration du monument des 50-Otages à Nantes, c'est moi qui répondais : Mort pour la France. À l'adolescence, j'ai rompu avec tout ça. On pleurait trop. »
Plus tard, Guy s'est remis sur les traces de son père. Jusqu'à retrouver sa tombe présumée, une fosse avec une stèle. Jusqu'à retrouver le dossier de déportation de son père. Qui indique en toutes lettres que Pierre Le Floch a été dénoncé par sa mère et sa soeur. Elles ont guidé la police française jusqu'à lui.
Daniel MORVAN.