mercredi 26 avril 2017

Et puis un jour, Tracey Shiels est revenue


dimanche 4 février 2001 301 mots
Tracey avait alors les cheveux rouges et il semblait que la musique était capable de tout emporter. Et puis on ne parla plus des Sons of the Desert : peut-être qu'en effet la musique avait tout emporté. Y compris la chanteuse aux cheveux rouges et ses drôles de gusses.
Tracey Shiels, c'était un peu Ingrid Caven, version nettoyeuse de fest-noz, c'était la Gelsomina de La Strada, mode pub dublinois. Avec un côté cabaret allemand, bodhran ou tambourin en main, elle savait faire tourner un concert à la transe. Les Sons of the Desert (un nom tiré d'un vieux film de Laurel et Hardy, où il est question d'une secte de buveurs) avaient fini par mettre la cabane déglinguée sur le chien malade.
La mandoline effervescente d'Ewan Shiels, le compositeur, avait laissé au clou sa clef de sol. Adieu l'Ennio Morricone des rades d'Armorique, le Franck Zappa des tamaris en fleurs, le Syd Barrett des bars à sciure. On s'était dit que c'était peut-être ça la vie : des gens formidables qui disparaissent.
Et puis non. Les revoici, décalfeutrés de leur chaumière de brousse trégorroise, droits sortis d'un western kig-ha-farz. Ces Gaëls avaient seulement attendu que meurent les yodleurs de télé-crochet pour faire revenir leur petit cirque de puces. L'espièglerie est intacte, la mandoline et le saz (guitare turque) toujours aussi délirants, Tracey toujours aussi fondante. Daniel MORVAN