samedi 22 avril 2017

Il pleut sur Nantes, baisers de Mayotte

Il pleuvait sur Nantes, bons baisers de Mayotte
QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
‎samedi‎ ‎7‎ ‎juillet‎ ‎2001
506 mots
Daniel MORVAN
Douchée, la Prairie-aux-Ducs. Comme une échasse gracile, la vocaliste libanaise descend la cale, chaussée de tongues. Pour tuer le temps, Zeid bidouille son Roland MC 303, l'outil des transes trip hop de Beyrouth. Yasmine se met pieds nus, monte sur ses pointes, prend le micro, et soudain, c'est comme si Oum Khalsoum s'était réincarnée en Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead.
C'est beau, c'est intime, c'est dépressif.


Sur le Pont du Titanic le tissu des transats bat à vide comme dans un roman de Marguerite Duras. Ce charmant belvédère regarde tristement vers la rive droite ­ Dieu que c'est triste et moche un escorteur d'escadre dans le port de Nantes. Le Pélican, alias Simon La pluie a contraint les organisateurs de Musiques sur l'Ile à retarder les concerts. Une pluie qu'on connaît bien, maintenant, qui vous arrive sur le paletot quand vous ne l'avez plus. Les premiers spectateurs désoeuvrés traînent d'un rhum à l'autre, d'un nozy bé à un bois bandé, sans conviction. Elle a raison, Barbara, c'est quand il pleut sur Nantes qu'il faut se prendre par la main. Et puis Flora la florifère passe par là : ' Dis, tu connais le Pélican ? ' Confus, tu feuillettes ton programme. Le Pélican, c'est Simon Nwambeben. Un peu comme quand on dit ' le nain jaune ' pour Youenn Le Bihan ou ' la cantatrice chauve ' pour... (hum, mieux vaut ne pas dire qui).


Epatant, le pélican. L'oiseau a la réputation de s'arracher sa propre substance pour nourrir ses petits, et c'est un peu ce que fait Simon, sur la scène de la Loire. Une scène en étrave, où les musiciens jouent pour une centaine de personnes. Mais la grosse affaire du début de soirée, c'était Baco. Sur le quai, on était 25 à l'attendre, le Baco. Le temps de causer avec deux mignonnes dames fans d'afro qui ont pris leur ' pass'' et commentent. ' Par contre, on croyait avoir du méringué avec les Dominicains, mais quand je l'ai vu arriver avec son grand pantalon baggy, j'ai compris qu'il y avait maldonne. C'est dommage parce que le méringué, c'est tout de même plus dominicain que le rap. '
Pour le reste, Marie-Claude a pris son plaisir : pas vu Salvador (il était hors ' pass quatre jours '), mais adoré Touré Touré, Massilia Sound System, ses décibels et sa farandole, moins aimé Cheb Mami. Deux choristes belles s'approchent de leurs pupitres, une basse six-cordes chauffe dans les soutes, une monstrueuse machine à rythme se met en place. Baco prend les commandes, et maintenant, on s'en fiche de la météo nantaise. Bons baisers de Mayotte.
Daniel MORVAN.
Cette pluie-là, on commence à la connaître. L'invitée permanente de ' Musiques sur l'Ile ' est parfois un rien collante. Mais lorsque Baco (ci-dessus) accoste, adieu Nantes, bonjour Mayotte.