dimanche 23 avril 2017

Le bestiaire de Hergé, par le véto de Milou

Tintin et les animaux, par Gérard Lippert

QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
vendredi 2 décembre 2005
495 mots
Daniel Morvan
Tintin et les animaux : sur ce thème, le vétérinaire Gérard Lippart nous offre une passionnante plongée dans le bestiaire de Tintin.
Tous les lecteurs de Tintin ont en mémoire le nasique de Rastapopoulos, les perroquets qui surpassent Haddock dans l'art de l'invective, le condor qui emporte Milou dans Le temple du soleil, le même Milou avalé par un anaconda dans Tintin au Congo... Les animaux et la nature sont omniprésents dans l'oeuvre de Hergé. Mais il fallait le regard d'un homme de l'art pour en montrer les lignes de force et le sens. L'auteur de Tintin et les animaux n'est autre que le véto de Milou, Gérard Lippert : « Un jour, Fanny Rodwell, la veuve de Georges Remy, Hergé, est venu m'apporter son vieux chien, un zinneke (bâtard bruxellois) de 14 ans. Il était presque donné pour mort. Je l'ai traité par acupuncture et il a survécu trois bonnes années. »

Animaux sauveurs

Le véto gagne l'estime de Fanny Rodwell, qui accepte de soumettre son projet de livre aux éditions Moulinsart. L'album, illustré de planches et de photos, vient de paraître.
Il propose un traitement thématique : animaux de l'eau, de la terre, de l'air. « J'ai constaté une gradation frappante du statut de l'animal, depuis les massacres d'animaux de Tintin au Congo, qui m'avaient mis mal à l'aise, jusqu'aux animaux sauveurs, comme le gorille de L'île noire et le yeti de Tintin au Tibet. Sans parler de Milou, le chien-roi, qui joue le rôle de veilleur et de vigie. » 

Dans tous les albums, Hergé attrape le trait le plus significatif des animaux qu'il fait intervenir. Le lama, bien connu pour son sale caractère, crache à la figure d'un Haddock mal embouché. 
Milou est une figure complexe : ce chien blanc (alors que les fox terriers ne le sont pas) est le double du virginal reporter et reçoit même le surnom tibétain de Neige du Matin. Il parle comme son maître et fanfaronne devant ses copains : « Oui, j'en avais assez de mener une petite vie monotone. Alors, j'ai décidé d'aller chasser le lion... » 
Chez Hergé, l'homme et l'animal sont en relation de sympathie, mêlée de malentendu, ce qui est le propre du langage et de la communication : une bonne partie du comique de Hergé se fonde sur cette relation. « Hergé, estime Gérard Lippert, est un artiste pour qui la terre est la terre des animaux, avant d'être celle des hommes. »
Daniel MORVAN.
Tintin et les animaux, éd. Moulinsart, 80 p., 14,95 €.