samedi 22 avril 2017

Nantes-Bastia: Sacré coup de sirocco à La Beaujoire (2001)

 Pris à rebrousse-poil par Bastia, les bétonneurs nantais et leurs supporters ont eu très, très chaud.
‎dimanche‎ ‎15‎ ‎avril‎ ‎2001
594 mots


Il fait pitié avec son petit tambour, le représentant de l'île de Beauté. Pas même un turban ' testa mora ' pour lui orner le front. Ils sont une vingtaine, coincés dans leur camembert du virage sud, scrutés comme des lépreux par des stadiers en rouge, houspillés par des gamins de douze ans qui leur font des gestes éloquents.
Bref, ce Nantes-Bastia, c'est pas l'extase pour le supporter corse. Et puis elle arrive, impériale, foulard bleu et blanc sur les épaules, au bras d'un chevalier servant qui porte le fin collier de barbe de l'hidalgo corse. Elle, c'est l'allégorie du tir canon, avec son port de fille du soleil qui dit : basta ! pour tout Bastia devant 37 000 aficionados.

Il court, il court

Il a fixé son tambour au grillage, fait badaboum sans conviction et vocifère contre les picadors jaunes qui y vont de leur ' Bastiais, Bastiais... ', en se frottant les mains comme si l'affaire était déjà faite. Le speaker annonce de prochains changements de garde-robes avec les nouveaux maillots pour le FCNA, prévus pour la finale, on grignote le BN pocket, antidote anti-boycott distribué à chaque spectateur.
Les 37 000 gosiers braillent le nom des joueurs nantais : Landreau ! Fabbri ! Monterrubio ! Ziani ! Au milieu du virage, la grosse caisse des Corsaires vendéens bat un martèlement de galère. La première percée nantaise va vite dégeler l'ambiance. Il court, il court, Moldovan, seul devant Durand, mais pourquoi il tire pas, pourquoi il tire pas ?
Il a pas tiré. L'ombre des tribunes s'allonge, la tête des supporters aussi, et pourtant, ils ignorent encore que ce ballon poussé un peu trop loin sera la seule action décisive nantaise du match. Les mottes de gazon volent, un corner du gauche part en chandelle, le tambour corse s'étiole, et à 17 h 41 le doute s'installe pour de bon.
La olà semble bien loin dans les têtes, mais un carton jaune pour Nantes devient un but entre les pieds de Monterrubio. Le drapeau jaune à croix verte bat dans l'air froid. Pourquoi ils font pas la vague ? demande une petite fille.
Il faut au moins deux à zéro pour faire une vague, lui explique son papa, et surtout pas un carton rouge pour Nantes, qui vient de sortir ­ le premier depuis des lustres. Alors, petite fille, on pavoise pas trop, d'accord ? Au train où s'engage la deuxième période, question vagues, on est encore loin d'Hawaï. Les Bastiais harcèlent, Landreau sauve, intercepte un penalty (la routine), une cannette fuse vers le camembert corse, le jeu se fait pulsatile, sur le fil du rasoir, on frôle la crise cardiaque. Un grand Landreau, un petit FCNA ? Avec son but d'avance, Nantes bétonne en défense, c'est ce qu'elle a de mieux à faire. La contre-attaque s'enfièvre, les Corses trouvent leur jeu, ça fuse de partout, ça cafouille devant la cage, un hors-jeu miraculeux annule un but corse et sauve la mise aux Nantais, le ballon chatouille la ligne de but. Alors petite, t'as vu ? On appelle ça un coup de sirocco.

Texte : Daniel MORVAN