samedi 22 avril 2017

Nantes n'a pas fêté Demy à moitié


QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
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736 mots
Daniel Morvan
« C'est à Nantes que j'ai tourné, disait Jacques Demy, parce que j'y suis né et que je connais bien cette ville folle et très belle. »
Né en 1931 à Pontchâteau (près de Nantes), Jacques Demy acheta sa première caméra à treize ans. Après des études de cinéma à Paris, il réalise deux chefs-d'oeuvre du court-métrage (Le sabotier du Val de Loire et Ars) avant de tourner Lola, en 1960. Un film porté par la Nouvelle vague, mais très personnel, par son intensité fiévreuse, le goût des rencontres de hasard et des filles mères mélancoliques. Cinquante ans après Lola, Nantes a fait honneur à son cinéaste, son autre grand homme après Jules Verne.
« Quel beau gosse c'était... »
Ce week-end, à l'occasion du 20e anniversaire de sa disparition, la ville a retrouvé « les » familles Demy : Agnès Varda sa compagne, ses enfants Rosalie et Mathieu (qui prépare son premier long-métrage), ses petits-enfants, Constantin et Alice, Corentin, Valentin, Augustin.
Et sa famille de cinéma avec Anouk Aimée, révélée par Lola (entre La Dolce Vita et Un homme et une femme). Michel Piccoli, qui a joué dans Une chambre en ville et Les Demoiselles de Rochefort. « Comme Rochefort-sur-Mer, témoigne Agnès Varda, quand la ville avait célébré les 25 ans des Demoiselles, Nantes fête Jacques Demy. »
Que de fastes, avec un dîner somptueux à La Cigale, la brasserie 1900 immortalisée par le cinéaste ! « Mais en 1960, Lola a été tourné en noir et blanc par choix économique, rappelle Anouk Aimée, dont la beauté continue de couper le souffle. Les voix ont été rajoutées, même ma chanson C'est moi, c'est Lola. »
Tourné en muet, Lola continue à parler. L'histoire filmée en cinq semaines émeut cinquante ans après. « Les gens n'ont pas compris tout de suite quel chef-d'oeuvre c'était », confie Anouk.
Agnès Varda brûle de la même passion. Caméra HD en main, assistée d'une opératrice, elle filme non-stop ses voyages. Tombe en extase devant le pont de Mauves, d'où Jacquot fit ses premiers plongeons. Se souvient de sa rencontre avec l'homme de sa vie, en 1958, à Tours. « Quel beau gosse c'était... »
Une dame plus réservée sourit sans rien dire, dans le TGV vers Nantes. « Moi ? Je suis Hélène Demy, la petite soeur de Jacques. » Ah, des souvenirs sur son frère, comme elle a dû en raconter... « Pas du tout. On ne m'a jamais rien demandé. Je suis née vingt-et-un ans après Jacques. Nous étions extrêmement proches. J'ai été scripte sur Peau d'âne, mais j'ai vu quel métier difficile est le cinéma. Je suis devenue professeur d'anglais à Courbevoie... »
Discrète, Hélène Demy dévoile des souvenirs de famille, où le cinéma était toujours présent : « Nous nous retrouvions aux vacances à Noirmoutier, où Jacques écrivait tous ses films. Il était très gentil et très têtu. 'Je ne suis pas breton pour rien', disait-il souvent. Pendant les vacances, il nous montrait des films en 16 mm. Il adorait jouer au projectionniste, distribuait des glaces à l'entracte. Ça l'amusait beaucoup. Moi aussi. »

Un Nantais nommé Jacques Demy. Exposition à la médiathèque Jacques-Demy, jusqu'au 26 février, avec projections de films, balades sur les lieux de tournage, conférences. Rens. www.bm.nantes.fr

Toujours aussi belle, Anouk Aimée était de retour à Nantes, au passage Pommeraye, où elle incarnait Lola, en 1960.
Daniel MORVAN.