samedi 22 avril 2017

Roberto Alagna, rossignol de nos amours





QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
‎mardi‎ ‎12‎ ‎novembre‎ ‎2013
607 mots
Daniel Morvan

Roberto Alagna sera au Zénith avec un concert à base de chansons populaires italo-américaines. Une bouffée d'oxygène pour le fougueux ténor, qui s'apprête à devenir père.

Entretien
Roberto Alagna, ténor, en concert au Zénith entre Noël 2013 et le Nouvel an 2014.


Vous êtes booké au Met de New York pour Tosca, à Covent Garden pour Carmen, à Bastille pour Werther et à Orange pour Othello... Pousser la chansonnette, c'est vraiment sérieux pour une star comme vous ?
Mais ce sont mes racines ! J'ai commencé par le cabaret. J'y composais des chansons. Mon ADN est à 90 % opéra, mais les 10 % qui restent, c'est une autre facette. Ce sont mes débuts populaires.
Pour chanter l'opéra, il faut un système nerveux de fer. Là, je m'offre une bouffée d'oxygène, mais c'est tout de même un show de trois heures avec beaucoup d'improvisation. Ça me change et me donne une énergie nouvelle.
C'est une sorte de thérapie avec le public. Je raconte beaucoup de moi-même à travers les chansons. Mes amis savent lire entre les lignes. Ainsi, Ma fille de Reggiani raconte un peu mon chagrin de voir ma grande fille Ornella grandir et s'envoler. Avec le temps, de Ferré, ça parle aussi de ma peur de perdre ma voix.
Où avez-vous puisé cette double inspiration ?
Dans ma famille, tout le monde est chanteur. Du côté de ma mère, il y a beaucoup de ténors, et mon père, c'est la fibre populaire.
Les deux registres se nourrissent-ils mutuellement ?
À l'opéra, j'ai apporté la proximité et le naturel, la sincérité, le côté abordable et une diction plus moderne dans le chant français.
À la chanson populaire, j'apporte une voix éduquée et un peu caméléon, qui respecte l'original, avec un phrasé qui ne dénature pas.
Et avec le temps, comment voyez-vous votre carrière ?
Quand je pense à moi à 17 ans, je sais qu'aujourd'hui, je ne suis plus du tout ce garçon-là. Tout a changé mais j'ai tous mes souvenirs en tête. Je sais qu'à 50 ans on ne voit pas les choses comme on se l'imaginait les voir quand on serait plus vieux.
La vie est passée par là. Ma première épouse a été foudroyée par une tumeur au cerveau. J'ai été veuf à 30 ans, j'ai eu peur pour tous ceux que j'aime.
Aujourd'hui, je démarre une nouvelle vie avec une nouvelle compagne [la soprano Aleksandra Kurzak, NDLR]. Je vais être papa en février. C'est si beau, ça me donne envie de croquer la vie, de bâtir des projets. C'est formidable.
Votre vie est un vrai opéra. Quel titre lui donneriez-vous ?
Peut-être Un chemin de voix, ou Un chemin, deux voix. Car sans cette voix, je ne serais rien. Je serais un homme inconsistant, transparent. La voix, vous ne l'avez pas : on vous la prête et on vous la reprend. Plus vous la respectez, plus elle vous restera. Je la traite comme un enfant en la dorlotant, la réchauffant, la ménageant.




Recueilli par Daniel MORVAN.