vendredi 13 mai 2016

{Archives} Gondry filme Chomsky



Comme dit Caroline Grimault, directrice du Katorza, c’est un film « bien perché ». L’image est juste, d’autant qu’il est aussi question d’arbres dans Conversation animée avec Noam Chomsky, film sur l’origine du langage. Sur la manière dont les idées se forment, dont les concepts rencontrent le monde et ses objets. Et finalement sur les prodiges du cerveau humain, qui continuent d’étonner le philosophe Noam Chomsky, au centre de ce film documentaire dont 80 % des images sont animées.
Le spectateur sort étourdi d’un maelström de lignes, d’acrobaties graphiques et verbales, de naïvetés très travaillées. L’accent anglais exécrable de Gondry, les coq-à-l’âne incessants bloqueront des spectateurs. Ce film fourre-tout et foutraque est cependant un très bel hommage à Noam Chomsky, ancienne vache sacrée de la linguistique, devenu le vieil anar qui dérange la droite comme la gauche américaines.
La rencontre des deux hommes ? Un rêve de Michel Gondry, réalisateur français de Eternal Sunshine of the Spotless Mind (film préféré de Mathilde) ou de L’Écume des jours. Il rêvait de ce documentaire à l’ancienne sur l’américain Noam Chomsky, écrivain engagé.
Muni d’une bruyante caméra à pellicule (une antique Bolex), Gondry filme son entretien avec Chomsky, illustrant la conversation de dessins animés sur papier, d’une manière artisanale et, faut-il l’ajouter, très gracieuse. Il improvise sous nos yeux une traduction graphique des entrelacs intellectuels de son interlocuteur. Il en dévoile aussi un versant intime et secret, entre l’évocation de l’antisémitisme qu’il subit dans son enfance, sa formation, le souvenir bouleversé de son épouse Carol (morte en 2008) : un film atypique, formidablement vivant, stimulant, humaniste et donc promis à une carrière confidentielle.