mardi 5 mai 2015

“Rose et vert comme un film de Demy”

Cette année 2013, la rentrée littéraire, c’est 555 livres. Et Lucia Antonia, funambule est de ceux-là. Rencontre avec Daniel Morvan, auteur de ce roman “merveilleux et grave” qui fait les beaux jours de la critique, des libraires et de la blogosphère… et des lecteurs.


Même si vous avez déjà écrit quatre livres, Lucia Antonia, funambule est le premier à faire la rentrée littéraire. Comment vivez-vous cela ?
Ça fout les jetons et vous vous sentez tout petit. Surtout lorsque votre éditeur (Zulma, NDLR) vous dit qu’il en a imprimé 6 000 et que la mise en place en librairies est importante.
Comment avez-vous rencontré Lucia Antonia, funambule ?
C’est un livre sur ma fille Mathilde (la chanteuse Mathilde en juillet, décédée en janvier 2010, NDLR). Mais je ne voulais pas faire de ce livre, un truc de vieux con qui édifie un tombeau. Je ne me reconnais pas dans le travail de deuil qui implique un retour à la normale. Ce qui n'est absolument pas le cas.
Il est évident que votre livre voit au-delà de votre histoire…
Mon éditrice, Laure Leroy, et moi voulions qu'il soit reçu comme un conte “merveilleux” et grave, rose et vert comme un film de Jacques Demy. Lucia Antonia, funambule ne devait pas être un de ces textes de deuil comme il s’en publie souvent.
Au-delà du fond, la force du livre réside aussi dans sa forme, dans cette écriture découpée en fragments…
La narration fragmentée, c’est une mini trouvaille. C’est avec cet outil que j’ai décidé de raconter l'histoire de Lucia Antonia endeuillée par la chute de sa partenaire funambule, son double lumineux. Le puzzle s’est construit naturellement. Même si écrire sur le deuil ne vous rend pas bavard, il n’y a pas eu de souffrance.
Quel est votre sentiment face au retour critique élogieux que connaît votre livre ?
Ça serait dommage de prendre la grosse tête sur un livre aussi personnel. Par contre, la transmutation du chagrin par les mots fait un bien fou à l’entourage.
Propos recueillis par Arnaud Bénureau