mercredi 11 mars 2015

Pourquoi on aime tant la Folle journée ?


Parce qu’on peut y croiser, dans l’escalier, un chef ébouriffé et ce jeune garçon dont la valise contient un Stradivarius ;
Parce que les concerts sont souvent courts et qu’on peut y emmener les enfants ;
Parce que les filles trouvent que la Folle journée c’est un super plan « beaux mecs », même si le chef Fayçal Karoui, qui avait enflammé tant d’imaginations l’an dernier, n’est pas là (mais que de regards brillants pour les quatre éphèbes de Signum Saxophone Quartet), et les garçons, qu’elle est un super plan « canons » ;
Parce qu’on y entend de la musique non-amplifiée et du vrai son, et qu’un seul violon peut faire vibrer une salle de 1900 places ;
Parce qu’on peut y voir un gros monsieur avec un petit violon et une dame fluette avec un grand violoncelle,
Parce que c’est un super logiciel pour partager les émotions de milliers d’autres personnes qu’on ne connaît pas,
Parce qu’elle sait nous parler de l’Histoire en nous faisant frissonner, comme la voix de Marita Solberg chantant les complaintes juives de Gorecki ;
Parce qu’elle est cool avec Francesco Tristano, qui joue du Bach et termine la soirée au piano bar ;
Parce que Michel Corboz y dirige une passion de Bach à 81 ans, et que la violoniste franco-coréenne Irène Duval n’a que 22 ans,
Que les enfants applaudissent dès que les instruments ont l’air de s’arrêter, preuve que les codes ne sont pas encore figés,
Parce que la musique s’y déroule comme un beau film en blanches et noires, et que ça raconte à chacun ce qu’il a dans le cœur, et que ça parle à chacun et à tous, partout sur la planète.


Daniel Morvan
février 2015