dimanche 28 janvier 2018

En 1993, la rencontre entre Yves Prigent et Charles Juliet



Le psychiatre breton Yves Prigent rencontrait en 1993 l'écrivain Charles Juliet.

Entre Yves Prigent et Charles Juliet, la communauté d'esprit débouche sur une rencontre et sur un livre à deux voix. Le premier, neurologue et psychiatre de formation psychanalytique, s'intéresse au langage, au fait que « nous sommes une usine à créer du langage, des images, des fantasmes, des significations, des choix, des orientations ». Il a consacré plusieurs essais à la découverte de soi et à «l'expérience dépressive ». Le second, révélé par « L'année de l'éveil », récit porté au cinéma, a publié un journal, des entretiens, des études sur des artistes.

Les mots qui manquent


« L'exploration par l'écriture » (éditions Calligrammes) rapporte les grandes lignes d'une conversation où Charles Juliet pose les questions. L'écriture et la lecture, exercices de santé pychique ? Pour Yves Prigent, un livre est « la proposition généreuse à autrui de quelques mots qui parfois lui manquent. Il y a des gens qui sont parfois en panne, faute de quelques mots. Je sais bien telle ou telle phrase qui pour vous ne dirait peut-être rien, mais qui m'a permis de cheminer dans une autre direction, ou de poursuivre un chemin où je m'étais arrêté. » 


 Le pouvoir d'ébranlement de la littérature est d'autant plus vital qu'aujourd'hui, estime Yves Prigent, notre société fabrique des personnalités tristement efficaces et sans « états d'âmes ». Le constat est banal, mais conduit la psychanalyse à se remettre en cause : finies les belles névroses d'antan, place aux effondrements psychiques sans cause, sans souffrance et sans rêves. 

 Plus que jamais, l'écrivain est investi d'un rôle « d'ouvreur d'espace psychique », d'éveilleur des désirs enfouis. « L'écriture est un cas particulier du fonctionnement psychique, lequel est en grande partie involontaire (...). Un livre est « écrit » en ce sens qu'il n'est pas entièrement maîtrisé. » 


Daniel MORVAN.


QUOTIDIEN OUEST-FRANCE
‎jeudi‎ ‎23‎ ‎septembre‎ ‎1993

452 mots

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