Jeanne Cherhal © DR |
Je n'écoute jamais ses albums, je m'en souviens comme je peux. Jeanne Cherhal, c'est comme le jazz, ça s'écoute sur place. Et je n'aime pas beaucoup raconter ses concerts, ou pire, en tirer quelques lignes malhabiles. Mais l'absence du mot piano dans ce que j'ai pu lire sur cette tournée solo 2016 m'arrache à ce silence choisi (et habité, ce matin de novembre, par un Concert à deux voix égales du sieur Sainte-Colombe).
Les chansons de Jeanne Cherhal ne sont pas de celles qu'on fredonne en faisant la vaisselle, elles sont trop complexes. Pour les entendre réellement, pour apercevoir cette lumière secrète tenue captive dans les enregistrements, passer outre cette frange de son calibré imposé par la norme discographique, il faut un piano. Non comme meuble ou grillage des mélodies, mais comme orchestre. Un piano et Jeanne Cherhal, face à elle-même dans cette fraîcheur dorée qu'elle aime entretenir sur un plateau, faisant jouer autour d'elle un kaléidoscope lumineux.
Passons sur les charmants effets de bal travesti, les simulations beyoncé et les pitreries fofolles en paillettes, pour en venir à cet outil primordial. Il a été travaillé à fond de clavier, comme quand on prépare un concerto de Chostakovitch. Les chansons sont écrites avec, sur et même contre le piano. Oublions toute notion d'introduction, de pont, de coda et autres bricolages, pour nous rendre à cette évidence: elle ne s'accompagne pas au piano, elle en joue et s'y engage entière. Ce qui en résulte est surprenant: La formule piano-voix n'est pas réduction intimiste mais expansion d'un univers.
Les chansons de Jeanne Cherhal ne sont pas de celles qu'on fredonne en faisant la vaisselle, elles sont trop complexes. Pour les entendre réellement, pour apercevoir cette lumière secrète tenue captive dans les enregistrements, passer outre cette frange de son calibré imposé par la norme discographique, il faut un piano. Non comme meuble ou grillage des mélodies, mais comme orchestre. Un piano et Jeanne Cherhal, face à elle-même dans cette fraîcheur dorée qu'elle aime entretenir sur un plateau, faisant jouer autour d'elle un kaléidoscope lumineux.
Passons sur les charmants effets de bal travesti, les simulations beyoncé et les pitreries fofolles en paillettes, pour en venir à cet outil primordial. Il a été travaillé à fond de clavier, comme quand on prépare un concerto de Chostakovitch. Les chansons sont écrites avec, sur et même contre le piano. Oublions toute notion d'introduction, de pont, de coda et autres bricolages, pour nous rendre à cette évidence: elle ne s'accompagne pas au piano, elle en joue et s'y engage entière. Ce qui en résulte est surprenant: La formule piano-voix n'est pas réduction intimiste mais expansion d'un univers.
Nous découvrons les contours lumineux de chansons libérées des ombres, portées par un clavier qui, au lieu de s'effacer devant le son (après son petit tour de piste en forme d'intro, à la manière de ces jeunes clowns sur monocycle qu'on autorise à amuser la galerie avant l'entrée des éléphants), s'affirme dans sa royauté, comme un trône depuis lequel la chanteuse nous adresse son regard mythologique.
C'est ici le domaine des mélanges instables, des fascinantes échappées répétitives. Une vibration hors du spectre. Il fallait ce filtrage pianistique, à travers les demi-sourires et l'ironie touchante de Jeanne, pour qu'apparaisse l'identité d'un répertoire, fondu dans une même symphonie ou l'andante obsède l'allegretto: le piano délivre la chanteuse de ses chansons comme le génie de sa lampe.
C'est ici le domaine des mélanges instables, des fascinantes échappées répétitives. Une vibration hors du spectre. Il fallait ce filtrage pianistique, à travers les demi-sourires et l'ironie touchante de Jeanne, pour qu'apparaisse l'identité d'un répertoire, fondu dans une même symphonie ou l'andante obsède l'allegretto: le piano délivre la chanteuse de ses chansons comme le génie de sa lampe.
Daniel Morvan
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