mercredi 4 janvier 2017

Henri Droguet, un poète du temps (archive 2008)



Il a tiré une rhétorique des tempêtes de noroît et des marées d'équinoxe. Comme tous les écrivains « à l'ouest » ? Certainement pas. Son écriture l'écarte d'un laconisme hérité d'Eugène Guillevic. Loin de vouloir réduire la toile, Henri Droguet se veut océanique.
Depuis Ventôse, paru en 1990 chez Champ Vallon, il adopte un point de vue simple, celui des nuages. Il dit chercher « quelque chose d'équivalent, dans l'ordre de la langue, à la météo bretonne ; une écriture aussi démantibulée. » Il en découle une certaine réserve pour tout ce qui relève des sentiments. « Pas de moi je, pas de lyrisme intime. »
Juste une voix extérieure, d'où le titre du recueil, Off. L'écriture déroule une partition du chaos. partition grisée de vents et de mer, verbatim de grêles drues où les virtualités du langage convergent vers une mimétique déréglée. Comme le confie Henri Droguet (sur le site A la littérature (http://pierre.campion2.free.fr/), « parce que [...] le monde réel m'apparaît toujours comme un chaos discontinu, secoué, instable, angoissant et émerveillant, l'écriture elle-même va, par force, se démantibuler, se farcir d'ellipses [...] de figures qui mettent en crise. Et, pour compenser ce brouillage du sens, c'est le bidouillage sur les sons, les rythmes, les pulsations, qui va, dans sa fécondité sauvage et par des dérapages impitoyablement contrôlés, disposer des jalons, tracer un chemin, produire un semblant de sens. »
Dans ce tohu-bohu, la part de l'homme est assez mince, on le voit « paillasser dans les eaux », pousser une barrière, constater : « l'inachèvement est notre territoire ». Le tout est écrit « à la va comme je te pousse », du moins le poète l'affirme, avouant son goût pour les lexiques (ornithologique, botanique), les jeux sonores, les écarts de langage (du langage soutenu au parler le plus simple).
On se souvient de Jean-Pierre Abraham (Armen, Ici présent...) et de son dieu caché. En est-il de même pour Droguet ? « Il y a dans certains coins, dans les ombres de cet état de choses (pourquoi ne pas le dire ?), le formidablement discret sourire, le désordre limpide et déchirant de Dieu. »
Ce que le poème intitulé « Usufruit » dit autrement, à propos de ce que l'homme possède : « suffisant maigre avoir somme toute :/ quelque bleu - de l'herbe du matin - deux brins/de laine - et ta peau - ta peau. »
Daniel Morvan
Off, Henri Droguet, Éditions Gallimard, 2008. 138 pages, 15 €.