La critique de Patrick Corneau dans le blog "Le lorgnon mélancolique" (novembre 2025)
Dans la nuit du 29 septembre 1941, un bombardier britannique, touché par la DCA à Saint-Nazaire, amerrit en catastrophe dans une baie bretonne. Trois aviateurs sont recueillis par Marie de Saint-Laurent, mère d’une grande famille réfugiée dans son manoir. Ce geste d’hospitalité, accompli dans la peur et la nuit, va bouleverser des vies et devenir le noyau d’un réseau d’évasion. De ce fait réel, Daniel Morvan tire, avec À quoi rêvent les martyrs, un roman de mémoire, de courage et d’espérance, nourri du témoignage de Maguy, fille centenaire de Marie de Saint-Laurent déportée et décédée en novembre 1944 au camp de concentration de Ravensbrück.
Le livre s’ouvre sur un acte de bonté simple – un geste presque anodin – et s’élargit en une fresque humaine où se croisent résistants, civils, captifs et anonymes, tous pris dans le vent noir de l’Histoire. L’auteur suit leurs traces, des campagnes bretonnes jusqu’à la carrière des fusillés de Châteaubriant, du Stalag Luft III à l’enfer de Ravensbrück. Ce parcours, tissé de douleur et d’espoir, n’est pas une reconstitution héroïque, encore moins un livre de “résilience” : c’est une plongée dans la conscience de ceux que la guerre a réduits au silence.
Daniel Morvan, écrivain discret et d’une impeccable probité s’efforce « d’accorder les libertés de la fiction à l’exigence des faits ». Autrement dit, il ne cherche pas l’effet ni le pathos ; il prête voix aux absents. Ses martyrs ne sont pas des statues, mais des êtres de chair, traversés de peur, de doute, d’un irrépressible désir de vivre. À travers leurs rêves (majoritairement brisés par Hitler), leurs gestes, leurs minuscules résistances, se révèle la persistance du cœur humain dans la tourmente. Il suffit d’un détail – une main qui tremble, une chanson fredonnée, une lettre jamais envoyée – pour que tout un monde perdu s’anime. L’écriture, tantôt ciselée comme un épitaphe, tantôt fluide et presque onirique, épouse la fragilité des voix qu’elle ressuscite. On pense à Giono pour la sobriété, à Yourcenar pour la compassion lucide ; la prose se fait prière, le silence devient réponse.
Ce qui frappe ici, c’est la manière dont Daniel Morvan transforme la mémoire en acte de transmission. À mesure que s’effacent les témoins de la Seconde Guerre mondiale, son roman agit comme une veilleuse et peut-être un signal : il maintient la flamme des gestes simples, ces héroïsmes du quotidien que l’Histoire oublie – ou, ce qui est plus préoccupant, actes que les générations nouvelles méconnaissent ou indiffèrent. Dans un monde saturé d’images et de vacarme, Daniel Morvan rend à la parole son poids de gravité et de bonté. Sous le voile du récit, il y a cette question qui brûle : à quoi rêvent ceux qui se sacrifient ? Et la réponse, pudique et lumineuse, est celle-ci : ils rêvent aux mêmes choses que leurs frères humains – un peu de paix, un peu d’amour, un peu d’avenir.
À quoi rêvent les martyrs n’est pas un livre triste, mais un livre habité. Il montre que même au bord de la mort, la vie cherche encore à se dire et la dignité à se maintenir. C’est une méditation sur le don, la perte et la fidélité ; un hommage vibrant à celles et ceux qui ont cru, jusqu’à la fin, que l’humanité pouvait se tenir debout. Daniel Morvan ne livre pas un simple roman historique : il signe une « fiction vraie », traversée de souffle et de ferveur, un texte qui réchauffe l’âme autant qu’il interroge la conscience.
Dans un siècle chaotique où les martyrs se comptent encore par milliers, ce livre profondément humaniste (mot hélas bien galvaudé) résonne comme un rappel : derrière chaque nom gravé, il y a une vie, un rêve, une lumière. Du début à la fin, on ne lâche pas ce récit haletant – on le referme bouleversé, avec le sentiment d’avoir touché, l’espace de quelques pages, au mystère de ce qui fait tenir les hommes debout face à la barbarie. Et si la question du titre demeure sans réponse, c’est qu’elle nous est retournée : à quoi rêvons-nous, nous autres, quand tout vacille ?
Un livre “édifiant” au bon sens du mot, un livre grave et nécessaire, un livre à mille lieux des futilités de la rentrée littéraire, un livre à offrir (surtout aux jeunes lecteurs), à relire, à garder près de soi comme une flamme.
Le livre s’ouvre sur un acte de bonté simple – un geste presque anodin – et s’élargit en une fresque humaine où se croisent résistants, civils, captifs et anonymes, tous pris dans le vent noir de l’Histoire. L’auteur suit leurs traces, des campagnes bretonnes jusqu’à la carrière des fusillés de Châteaubriant, du Stalag Luft III à l’enfer de Ravensbrück. Ce parcours, tissé de douleur et d’espoir, n’est pas une reconstitution héroïque, encore moins un livre de “résilience” : c’est une plongée dans la conscience de ceux que la guerre a réduits au silence.
Daniel Morvan, écrivain discret et d’une impeccable probité s’efforce « d’accorder les libertés de la fiction à l’exigence des faits ». Autrement dit, il ne cherche pas l’effet ni le pathos ; il prête voix aux absents. Ses martyrs ne sont pas des statues, mais des êtres de chair, traversés de peur, de doute, d’un irrépressible désir de vivre. À travers leurs rêves (majoritairement brisés par Hitler), leurs gestes, leurs minuscules résistances, se révèle la persistance du cœur humain dans la tourmente. Il suffit d’un détail – une main qui tremble, une chanson fredonnée, une lettre jamais envoyée – pour que tout un monde perdu s’anime. L’écriture, tantôt ciselée comme un épitaphe, tantôt fluide et presque onirique, épouse la fragilité des voix qu’elle ressuscite. On pense à Giono pour la sobriété, à Yourcenar pour la compassion lucide ; la prose se fait prière, le silence devient réponse.
Ce qui frappe ici, c’est la manière dont Daniel Morvan transforme la mémoire en acte de transmission. À mesure que s’effacent les témoins de la Seconde Guerre mondiale, son roman agit comme une veilleuse et peut-être un signal : il maintient la flamme des gestes simples, ces héroïsmes du quotidien que l’Histoire oublie – ou, ce qui est plus préoccupant, actes que les générations nouvelles méconnaissent ou indiffèrent. Dans un monde saturé d’images et de vacarme, Daniel Morvan rend à la parole son poids de gravité et de bonté. Sous le voile du récit, il y a cette question qui brûle : à quoi rêvent ceux qui se sacrifient ? Et la réponse, pudique et lumineuse, est celle-ci : ils rêvent aux mêmes choses que leurs frères humains – un peu de paix, un peu d’amour, un peu d’avenir.
À quoi rêvent les martyrs n’est pas un livre triste, mais un livre habité. Il montre que même au bord de la mort, la vie cherche encore à se dire et la dignité à se maintenir. C’est une méditation sur le don, la perte et la fidélité ; un hommage vibrant à celles et ceux qui ont cru, jusqu’à la fin, que l’humanité pouvait se tenir debout. Daniel Morvan ne livre pas un simple roman historique : il signe une « fiction vraie », traversée de souffle et de ferveur, un texte qui réchauffe l’âme autant qu’il interroge la conscience.

Dans un siècle chaotique où les martyrs se comptent encore par milliers, ce livre profondément humaniste (mot hélas bien galvaudé) résonne comme un rappel : derrière chaque nom gravé, il y a une vie, un rêve, une lumière. Du début à la fin, on ne lâche pas ce récit haletant – on le referme bouleversé, avec le sentiment d’avoir touché, l’espace de quelques pages, au mystère de ce qui fait tenir les hommes debout face à la barbarie. Et si la question du titre demeure sans réponse, c’est qu’elle nous est retournée : à quoi rêvons-nous, nous autres, quand tout vacille ?
Un livre “édifiant” au bon sens du mot, un livre grave et nécessaire, un livre à mille lieux des futilités de la rentrée littéraire, un livre à offrir (surtout aux jeunes lecteurs), à relire, à garder près de soi comme une flamme.
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