vendredi 6 septembre 2019

Acte V, C. tue son père

La tête contre les murs. Des nuits entières en larmes. Les cocktails alcool+somnifères pour tenter d'en finir. Il a tout essayé face à la violence. Son corps frêle de jeune homme semble hésiter encore entre anorexie et révolte physique. Au bord des larmes, au bord des coups. En chemisette, noire comme son enfance, émacié, il répond. 
C* a grandi dans une bagarre permanente, à l'appartement familial de ***. On ne remplace plus les meubles cassés. L'épicentre du foyer, c'est le frigo à bières. Le frigo, soleil noir d'une tragédie en cinq actes.
Acte 1. Deuxième d'une fratrie, C* est bon élève. Vers 13 ans, sa mère lui tend un verre de pastis et une cigarette. Il boit, il fume, il obéit.
La veille du brevet des collèges, maman bat papa. Le père débarque dans la chambre de son fils, arrache ses draps, le malmène. Le matin, il tente d'étrangler son fils, qui se défend : première rébellion.
Après cette nuit blanche, il passe avec succès son brevet.
Acte 2. La première amoureuse de C* se souvient du jour où il lui présente ses parents. Ce jour-là, son père lui a asséné un coup d'annuaire sur la tête. Des poings, C* a cogné le mur.
À 16 ans, C* brûle des cigarettes sur ses bras, se lacère la peau. Face aux parents, il ne lâche rien. Alors sa mère le jette à la rue.
Acte 3. Il vit souvent dehors. Chaparde des bouteilles, les revend, en garde pour lui. Alcool et anorexie. Sa première petite amie se souvient d'une bagarre : C* à terre, en sang, comme mort, battu par son père et un second acolyte. Chris sera un temps recueilli par une voisine, à l'abri de cette « famille de dingues ». Il va voir un juge des enfants, mais finit par revenir au funeste appartement.
Acte 4. C* prend la place de son propre père. La mère est partie. Le fils ne cogne plus dans les murs mais sur les autres. C'est lui qui revient nourrir ses frères cadets, lire les réprimandes du carnet de liaison, sortir le chien et boire avec le père.
Une seconde fiancée va devenir la mère de son enfant, un garçon. Mais C* n'aime pas qu'on l'aime. Il sort les griffes et frappe. Son père, sa compagne. Il fait de la prison pour ça, il est quitté pour ça.
Acte 5. C* tue son père. Le 20 décembre 2***, il est allé chercher des bières, son père a ramené du whisky. C* sait qu'il va au-devant des insultes paternelles, mais il y retourne. Les cadeaux de Noël sont déjà prêts, la bagarre aussi. En début d'après-midi, le père tente d'étrangler le fils. C* frappe à la tête. Son père sombre dans le coma.
En prison, C* a la photo de son père près de son lit. Son petit garçon à lui n'a pas compris pourquoi papa n'a pas le droit de sortir.

‎jeudi‎ ‎1‎ ‎juillet‎ ‎2010
635 mots

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