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dimanche 14 mars 2021

40. sam 13/03/21 Le baiser de Marguerite d’Écosse à un poète

L’anecdote est rapportée par un auteur nommé Lebrun:
Un poète dormait dans la cathédrale
Quand une fille de Perth
Jeune épouse du roi de France et princesse d’Écosse
Passa par là. S’avisant en experte
De la présence d’un trouvère
Elle déposa un baiser sur sa bouche close:
C’est ainsi que font les muses
En rencontrant un mortel qui les honore
Assura l’exquise altesse.
Et sans prévoir les effets d’une charmante audace
L’osée Marguerite s’assura l’immortalité.
Comment? Voici: L’aimable histoire fit bruiter
L’entourage, dames d’honneur et pages
Chambellans, dames d’atour et roi:
Cette reine qui trouva la bonne page
De son destin dans l’écriture
Ruina sa réputation par l’excessive cour
que lui firent les poètes, de l’estropieur de vers
au maître des rimes en « M ».
Cela lui valut d’être espionnée, méthode immonde,
Par son époux le dauphin Louis, futur XI.
Elle mourut à dix neuf
ou vingt ans sur ces mots: Fi de la vie en ce monde
Ne m’en parlez plus.
Mais on parle encore d’elle, et jusqu’à à Paimboeuf,
Pour ce baiser volé.

vendredi 9 juin 2017

Le Dieu des boulistes nantais joue droit sur des lignes courbes









« La voilà qui prend le biberon ! » Dans le langage des boulistes, cela signifie qu'une grosse boule est restée collée à la petite.
Et si vous ne voulez pas « être Fanny », vous avez intérêt de savoir « chalouper » (faire naviguer sa boule entre les « rives »), quitte à « remonter du bois » (ramener les boules vers le centre).
Bref, la boule nantaise, c'est du billard, subtil et sympa comme la pétanque. Avec une touche de mystère qui n'existe nulle part ailleurs. Sauf peut-être dans la boule de fort, qui a elle aussi un terrain à bords relevés, sur un profil en courbe.
Car dans ce sport, rien n'est droit. Comme dit le proverbe, Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Dieu, et le bouliste.

Avant, c'était Nord contre Sud

Claude Pennaguer a appris à jouer à 16 ans, ici même, au café Jean-Macé, place du même nom. Un fief où le patron, Patrick, est lui-même pratiquant. Son épouse Pascale est trésorière de l'Amicale.
Tout se joue en arrière-salle. Une piste couverte depuis 1934 avec, à gauche (entre les deux, un mur invisible, infranchissable), des tables où l'on tape le carton.
« Avant, la boule, c'était Nord-Sud, chacun avait ses propres concours. Maintenant, quand il y a un concours à La Montagne (44) ou à la Colinière, tout le monde y va. On ne cultive plus l'esprit de clan comme autrefois. »

Toute une peuplade de Bretons

La boule nantaise est un jeu enraciné dans les quartiers ouvriers.
Le Jean-Macé est l'un des fiefs. Était. « Dans le quartier derrière, explique Claude, il y avait toute une peuplade de Bretons. Ici, les gars d'Amieux, de Dubigeon, de Carnaux et de toutes les entreprises du bas-Chantenay remontaient après le travail, posaient leurs vélos devant les cafés et venaient jouer en buvant une chopine ou deux. Et le dimanche, on venait avec son casse-croûte, en famille. Les hommes pouvaient jouer à partir de 10 h du matin, jusqu'au soir. »
Les origines du jeu ? Pour Claude, il ne faut sûrement pas chercher du côté des bateaux négriers. En revanche, la pratique des boules au fond des péniches de sable est une explication possible. « Ils jouaient dans les cales, sur le sable. C'est le début du jeu. »

J'ai testé la boule nantaise

On essaye ? Mettons-nous dans la peau d'un bas-breton fraîchement débarqué.
Sa première idée : trouver un boulot et une piste de boules.
On peut jouer jusqu'à six joueurs, pour des parties qui peuvent durer deux heures. D'abord, assurer la prise en main de la lourde sphère.
« Tombée par terre, la boule est morte. » Et là, vous êtes bon pour la Fanny.
On se cale en bout de terrain, un pied contre le « talon », cette glissière qui évite les sorties de piste. La boule de 2 kg ne se jette pas. Elle se pousse. On joue droit, ou l'on joue les bandes. Dans une équipe de trois, le premier pointe, le second tire, fait le ménage. Le capitaine engrange. « Faut y aller doucement, surtout si le terrain colle. »
C'est, pour tout dire, un jeu d'imagination. Les trajectoires infiniment capricieuses ne se prévoient pas, elles se rêvent. « Certains exagèrent, posent la boule, vont voir, extrapolent. Ceux-là, on les devine tout de suite. »
Il n'existe pas deux aires identiques. La plus grande, la plus jacobine, celle de la Convention (15 mètres sur 5) vient de disparaître avec le café qui l'abritait.
Celle de Procé, la plus courue, est l'une des plus grandes. Et celle de Jean-Macé, la plus petite, la sportive, l'ouvrière, l'anarcho-syndicale. Elle a ses dévers que seul un druide de La Feuillée saurait déceler.
« Avant les concours, on refait l'enrobé, le coulis. Et pendant douze jours le terrain est la disposition des autres amicales, qui viennent étudier les trajectoires. »
Ils savent trop ce qui attend le bouliste novice : à lui d'embrasser la Fanny, pudiquement cachée dans son petit tabernacle. Avant de payer la tournée générale.

Daniel MORVAN.

Les boulodromes nantais. Le Bon Laboureur, rue des Pavillons. l'ADFR, 23, rue du port-Guichard (Route de Paris). Jean-Macé, 51, bd de la Liberté. La Colinière, 144, bd de Doulon. La Durantière, 46, rue J.-B. Marcet. Bowling, 3, bd G.-Lauriol. Lorrain, 86 bis, rue Appart (Zola). Procé, 144, bd de la Fraternité. La Montagne, 58 rue de la Paix.

‎samedi‎ ‎8‎ ‎mars‎ ‎2008
966 mots
Daniel Morvan

Nantes accueille aujourd'hui la Confédération des jeux et sports bretons. La boule nantaise, mixte depuis 2000, est pratiquée par un millier d'aficionados.

dimanche 7 mai 2017

1944-1994 : le cinquantenaire de la mort de Max Jacob


‎jeudi‎ ‎16‎ ‎juin‎ ‎1994
2052 mots

Le précurseur du surréalisme était né le 12 juillet 1876 à Quimper  



« Un saint ! C'était un saint ! disaient les discours et les journaux. » Max Jacob avait donc tout prévu, jusqu'à sa « canonisation » dont il s'amuse par avance dans ce poème en prose posthume. Le cinquantenaire de la mort du poète Max Jacob sera marqué à Quimper, où il naquit en 1876, par une grande exposition au musée des Beaux-Arts à partir du mercredi 22 juin.

Cette exposition exceptionnelle retraçait, à travers 150 oeuvres et 200 documents, l'histoire de l'amitié qui unit Pablo Picasso et Max Jacob. Fondateur de la poésie moderne avec Apollinaire, témoin actif de la naissance du cubisme et ami de Picasso pendant quinze ans, Max Jacob est en effet un poète quelque peu méconnu, bien qu'étudié dans les universités du monde entier. Pour cet artisan de la modernité, Quimper et la Bretagne resteront l'un des trois grands lieux qui marquèrent sa vie : Quimper et les racines, Quimper et l'aspiration à une poésie qui retrouve un « état primitif du chant ». Comme Paris sera le théâtre des années de misère à Montmartre, le laboratoire effervescent du cubisme. Comme Saint-Benoît-sur-Loire est celui de la quête mystique et de la paix. Notre Max Jacob sera sans éther, sans secrets d'alcôves. Nous retiendrons de sa vie que, né dans un monde en pleine décomposition qui se précipitait vers la guerre mondiale, il fut l'un de ceux qui, « las de ce monde ancien », crièrent leur dégoût en pulvérisant les codes artistiques. Et du Max quimpérois, nous conserverons entre toutes l'image poignante d'un homme brisé par la mort des siens, longeant les quais de l'Odet, un jour de 1943, une énorme étoile jaune cousue au pardessus. « Je serai fusillé en masse ! Au moment de la fusillade en masse, ma dernière pensée après la dernière prière sera pour Quimper. »


Comment Alexandre devint Jacob

« Max Jacob, le plus quimpérois des Quimpérois ! » L'affirmation provocatrice de Pierre-Jakez Hélias (1) vaut doublement : par la présence de Quimper dans les livres de Max Jacob, et par son état-civil. Un état-civil où Max Jacob apparaît d'abord sous le nom (le masque) d'Alexandre. Comme l'a écrit le journaliste Charles Chassé, « notre illustre compatriote n'est pas né Jacob, il l'est devenu. »

Lorsque Max Jacob naît le 12 juillet 1876, au 8 rue du Parc à Quimper, son père, qui se fait appeler Jacob, est contraint de déclarer son fils sous le nom d'Alexandre. Le grand-père de Max, Samuel, est né à Offenbach (ville natale de Jacques Offenbach), en Rhénanie prussienne, qu'il fuit pour la France. La Révolution française a émancipé les juifs, alors que la Prusse niait leur pleine citoyenneté, décidant arbitrairement des patronymes : c'est sans doute ainsi que les Jacob furent appelés Alexandre. Ce grand-père Samuel Alexandre débute comme associé d'un de ses cousins, tailleur à Lorient, et nommé Jacob. Le public prend l'habitude de nommer Jacob le nouveau venu dans le pays. Et Samuel Alexandre est « dit Jacob » lorsqu'il fonde sa propre affaire à Quimper. Déclaré sous ce nom, l'enfant de Lazare et de Prudence Alexandre reçoit deux prénoms : Max et Jacob. Ce n'est qu'en 1888 (Max a 12 ans) que Lazare Jacob obtient le droit de porter son vrai nom. La chronique rapporte qu'il a versé six cents francs et vingt-cinq centimes à l'enregistrement, et que le préfet du Finistère ainsi que Louis Hémon (l'auteur futur de « Maria Chapdelaine » enseigne alors à Quimper) garantissent la notoriété et la respectabilité du nom Jacob. Lazare a dû convaincre les cousins Jacob de Lorient, qui craignaient la concurrence, de faire cesser leur opposition au changement de patronyme.

Un ancrage immédiat

Pourquoi ce choix de la Bretagne ? « La Bretagne comptait peu de juifs depuis les persécutions du règne de Jean IV, note Georges Pennaneac'h, professeur de français au lycée Brizeux de Quimper. Il était logique qu'un juif naturalisé français, qui avait appris le métier de tailleur à Tours, cherchât une ville sans concurrence. D'abord installés à Lorient près de leurs cousins, les Jacob vinrent à Quimper parce qu'ils n'y étaient pas précédés. Leur idée géniale fut de développer, de perfectionner le costume breton : ils ont immédiatement senti la force de la renaissance bretonne du XIXe siècle. Ils ont compliqué le costume bigouden, lui donnant pour certains un « air oriental ». On voit comment les Jacob s'ancrent immédiatement dans le terroir, le paysage social. Ce que continuera Max Jacob : son premier livre paru en 1909 est La Côte. » 

La Côte est un pastiche du Barzaz Breizh et des Soniou de Luzel. Quimper est le premier ancrage de Max Jacob. Mais c'est aussi à Quimper que se forge une identité multiple, troublée par un état-civil et une appartenance religieuse problématiques, pulvérisée par l'Histoire. 
Ce qu'il résume ainsi : « J'ignorais qui j'étais. » 

Daniel MORVAN.